Vigie Trafic : QUI DÉFEND ENCORE LES AGENTS ?
Le 8 octobre s'est tenue la troisième réunion sur l'arrêté Vigie Trafic. CGT, FO et CFDT y ont porté les mêmes revendications. Le SNCTA, lui, a jugé le tour de service à 9 agents « pas dégueu », estimé que ce qui était proposé « ferait pâlir bon nombre de contrôleurs », et rappelé que son rôle était « de faire entendre que les choses avancent ».
Ce qui avance
Grâce à la mobilisation des agents, le projet d'arrêté prévoit désormais :
- deux jours de repos consécutifs par semaine, au lieu de 35 heures ;
- 15 minutes de relève en début et en fin de journée, au lieu de 5 ;
- des départs anticipés sur décision du chef de quart.
Le BIA Performance est confirmé par écrit pour les agents VT.
Ce qui ne va pas
Une grille à 9 agents. L'administration l'a présentée comme une démonstration : même avec 4 heures dans l'arrêté, elle saurait tenir 2h30 de tenue de poste. Mais 9 agents, c'est moins que les 11 d'aujourd'hui et les 13 historiques, pour un trafic qui n'a pas baissé. Et dans cette grille, la troisième position n'est armable que de 10h à 17h : les deux plus grosses pointes de l'été, à 8h30 et à 20h30, restent en dehors. Elle est aujourd'hui armable sur toute l'ouverture des fréquences, de 6h30 à minuit.
Un besoin en armement encore à objectiver. La CFDT a été la première à demander en séance que le rôle d'assistant (« cordon ») soit enfin reconnu, et toutes les organisations le soutiennent : quand la fréquence est chargée, c'est l'assistant qui répond au téléphone et assure les coordinations. Cette fonction est indispensable, et elle n'est comptée nulle part aujourd'hui.
Une fermeture des fréquences repoussée à 00h30.
Une tenue de poste de 4 heures dans l'arrêté : le 2h30 n'existe que dans une grille modifiable, et seulement à 9 agents ou plus.
Aucune montée décalée, sur aucune vacation.
Pas de VIC.
Deux types d’organisation pour un arrêté qui ne concerne qu’un seul service.
« Chacun doit rester à sa place »
Remarques condescendantes, interruptions de parole : la CFDT a vécu ce GT comme la CGT et les militants FO présents. Lorsque les représentants des agents VT ont demandé des butées de fatigue comparables à celles du contrôle sol de CDG, un représentant national du SNCTA leur a répondu, en séance : « chacun doit rester à sa place ».
Que les choses soient claires : ce n’est pas un débat entre agents VT et contrôleurs. Ils travaillent ensemble chaque jour, sur la même plateforme, et se savent indispensables les uns aux autres. Le 29 septembre l’a encore montré. Ce qui est en cause, c’est une position syndicale, pas un métier.
Pour le SNCTA, « rester à sa place », c’est comparer la Vigie Trafic aux organismes de contrôle des listes 9 à 11, au trafic sans commune mesure avec celui de CDG, et surtout pas au contrôle sol de CDG. Pourtant :
- Le trafic est le même. La VT gère les aires d'une plateforme de près de 1 300 mouvements par jour, dont près des trois quarts transitent sur ses aires.
- L'interface est d'une complexité rare. La VT compte 30 points de transfert avec le contrôle sol, quand les services AMS — autrement dénommés « apron control » ailleurs — des grands aéroports étrangers en ont généralement moins d'une dizaine.
- Le SNCTA disait l'inverse il n'y a pas si longtemps. En 2021, il écrivait que la Vigie Trafic vivait « un tournant majeur de ce service qui se rapproche toujours plus du service du contrôle aérien ». En 2022, il écrivait que ses agents « composent, sur position, avec des situations similaires aux contrôleurs aériens ». Qu'est-ce qui a changé, à part l'objet de la négociation ?
La CFDT ne demande pas que la VT devienne du contrôle, avec ses contraintes. Elle demande que la protection suive la charge. Les contrôleurs de CDG ont, dans leur arrêté, une tenue de poste maximale de 2h30 et 25 % de pause. Le projet VT prévoit 4 heures et 13 %. La CFDT propose une butée modulée, soutenue en séance par la CGT : 2h30 à une ou deux positions ouvertes, 3h à trois, 4h à quatre, avec 25 % de pause. Le SNCTA a répondu que, si cette proposition était retenue, il faudrait « se reparler côté ATC » pour faire baisser les butées ailleurs. Tant mieux : la CFDT soutiendra toute baisse des butées de fatigue, pour tous les personnels qui tiennent une position.
Autre épisode révélateur : le SNCTA a lui-même mis sur la table la question de la déclaration préalable pour les agents Vigie Trafic, avant de s'y dire défavorable. Curieuse façon de défendre le droit de grève des agents.
L'équilibre entre corps ? Chiche
Le SNCTA répète que les agents VT, TSEEAC, doivent être traités comme les TSEEAC contrôleurs des listes 9 à 11. Prenons-le au mot. Dans l'arrêté contrôle, les organismes des listes 6 à 11 qui fonctionnent en pôle (ce que fera la VT en 2027) disposent :
- de VIC pour gérer le surnombre ;
- de montées décalées, sauf sur la première vacation du matin ;
- des départs anticipés ;
- d'options de flexibilité rémunérées.
Aujourd'hui, l'administration refuse les deux premiers à la VT, et les options rémunérées restent à définir. L'équilibre, c'est dans les deux sens.
Ce qui n'est pas écrit ne protège pas
Le SNCTA reproche à la CFDT d'avoir dit en séance que des montées décalées se pratiquent aujourd'hui sans cadre. C'est exact, et c'est précisément pour cela qu'il faut les écrire dans l'arrêté. Le besoin existe, la pratique existe, seule la protection manque.
Flexibilité : partir de ce qui marche
Le SNCTA s'oppose à toute flexibilité individuelle et reproche aux autres leur « silence ». En séance, la CFDT a rappelé qu'un plancher et un plafond par agent sont la condition pour qu'un dispositif individuel reste équitable et collectif.
La CFDT préférera toujours des dispositifs collectifs. Mais la flexibilité existe déjà à la Vigie Trafic : les -1/+1 (près d'un par mois par agent) permettent aujourd'hui de tenir le service. Ils fonctionnent, et ils ne sont ni encadrés ni rémunérés. Notre objectif est simple : reconnaître et rémunérer ce système. Si l'administration en propose un autre, il devra s'en rapprocher.
La CFDT ne lâchera rien
Des effectifs adaptés au trafic, des butées à la hauteur de la charge, les mêmes contreparties pour les mêmes contraintes, le respect des engagements pris.
Défendre les agents, ce n'est pas trouver « pas dégueu » une proposition au rabais. C'est exiger les moyens et la reconnaissance à la hauteur de leurs missions.