Figari : quand la démagogie atterrit avant les faits

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STOP au contrôleur bashing

Les faits

Lundi 29 juin dernier, le vol Air Corsica XK755, assuré par l'A320 F-HXKT, décollait à 22h38 d'Orly pour son dernier vol de la journée vers Figari, avec plus de 2 heures de retard. L'avion avait assuré ce jour-là 6 allers-retours Corse-Orly et son premier retard avait débuté sur le segment Orly-Calvi en fin d'après-midi. La compagnie savait depuis le décollage d'Orly à 17h45 vers Calvi (avec 2h10 de retard) que le dernier segment vers Figari serait problématique : le contrôle aérien y est assuré le soir par un seul contrôleur TSEEAC.

Dès l'après-midi, tous les acteurs à Figari ont prévenu que le contrôleur en poste ne pourrait pas dépasser sa butée légale. Les horaires des services de la circulation aérienne de Figari, publiés par NOTAM, fixaient la fermeture de l'organisme à 23h00. Grâce à un contrôleur de journée qui avait déjà prolongé sa présence, le contrôleur de fermeture a pu assurer l'extension réglementaire maximale de service, jusqu'à 23h45*. Or le vol XK755 avait une heure d'arrivée estimée à 00h20. Réglementairement, l'agent en poste aurait commis une infraction en restant au micro au-delà de sa butée — la même logique qui interdit à un pilote de voler au-delà de son temps de vol maximal. Ces règles ne sont pas un confort : elles sont un pilier de la sécurité aérienne.

La récupération politique

Ces situations ne sont pas rares sur les derniers vols de la journée. Mais en ce lundi 29 juin, le maire d'une commune proche de Figari était à bord de cet avion et a publié sur plusieurs réseaux sociaux des informations désobligeantes envers notre collègue, et plus généralement envers les contrôleurs aériens « qui ne seraient pas prêts à rester une vingtaine de minutes de plus, afin d'épargner 3h de car aux passagers d'un Airbus retardé » (2h30 en réalité, mais qu'importe la précision quand on tient un coupable).

Les pilotes du vol XK755 ont, eux, fait tout leur possible, alors qu'ils se rapprochaient de leur propre butée réglementaire. Le témoignage d'une passagère du vol le confirme : les annonces de l'équipage sont restées factuelles et bienveillantes du début à la fin, et à aucun moment le service du contrôle de Figari n'a été incriminé à bord. D'où sortent donc les « informations » relayées par l'élu ?

Relayer des informations non vérifiées est inadmissible de la part d'une personnalité politique. Le discernement devrait systématiquement prendre le pas sur la démagogie, a fortiori quand on prétend exercer des responsabilités publiques.

Des conséquences bien réelles

Depuis ces publications, les agents de Figari sont pris à partie, jusque dans leur voisinage, et font l'objet de messages menaçants sur les réseaux sociaux. C'est la conséquence directe et prévisible d'une mise au pilori publique. La CFDT demande que la protection fonctionnelle** soit proposée sans délai aux agents concernés, et que l'administration engage toute action utile pour faire cesser ces menaces.

Le vrai sujet : les moyens du contrôle aérien

Un seul contrôleur en poste le soir, en pleine pointe estivale, sur la plateforme qui dessert l'extrême sud de la Corse : ce n'est pas un choix des agents, c'est un choix budgétaire. La presse elle-même pose la question de l'adaptation des horaires des tours de contrôle à la saison estivale et des effectifs du contrôle aérien***. La CFDT le répète depuis des mois : sans recrutements à la hauteur des besoins, ces situations se multiplieront. Qu'on ne vienne pas ensuite en faire porter la responsabilité aux agents.

Nos demandes

Nous demandons une nouvelle fois que le contrôleur bashing cesse. Notre administration a soutenu les agents de Figari par un courriel du DSNA : c'est un premier pas. Nous lui demandons désormais de soutenir officiellement et publiquement les contrôleurs aériens et les fonctionnaires de la DGAC lors de chaque attaque — et elles deviennent malheureusement plus fréquentes. Nous demandons également la protection fonctionnelle pour les agents visés, et des effectifs et des horaires d'ouverture adaptés à la réalité du trafic estival.

Les agents publics, professionnels, soucieux de la sécurité et engagés dans leur métier, méritent bien mieux que de telles récupérations politiques.

[*]Arrêté du 8 juillet 2024 relatif à l'organisation du temps de travail des personnels de la DGAC assurant le service du contrôle : durée maximale de quatre heures pour une plage de tenue de poste dans les organismes classés en liste 9, dont la tour de contrôle de Figari-Sud-Corse.
[**]Articles L.134-1 et suivants du Code général de la fonction publique : la collectivité publique est tenue de protéger l'agent contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime à l'occasion de ses fonctions.
[***]« Avions retardés, déroutés ou annulés : à quoi sont dues les perturbations dans les transports aériens en Corse ? », Ici Corse, juillet 2026

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